01.02.2009

Complication du lifting

L’algodystrophie de la face

par Didier Vorms - Kinesitherapeute

L’objectif du lifting est, d’evidence, un visage rajeuni : il s’agit pour le patient de « se retrouver ». Une telle demarche est marquee par un enjeu psychologique tres important, se manifestant par un investissement particulier dans la relation patient-chirurgien.

Par definition, le rajeunissement suppose de retrouver le visage que le patient desire conserver : un visage jeune, lisse et sans probleme. Or, tout geste chirurgical implique d’eventuelles complications post-operatoires auxquelles le patient reagira plus ou moins posement en fonction de son investissement psychologique, de ses attentes de resultat et des avertissement qui lui auront ete signifies ou non.

Aussi, on peut se demander si certains patients, non avertis – c’est-a-dire non prepares aux complications normales du lifting – ne s’installent pas dans des difficultes psychologiques, empechant la reussite du traitement desdites complications. D’ailleurs, d’autres patients, en apparence sereins et clairement motives, se revelent psychologiquement beaucoup plus fragiles qu’au cours de leur demarche primitive et de leurs rendez-vous pre-operatoires avec le chirurgien. Et ces enjeux psychologiques enfouis, combines aux complications normales du lifting, provoqueraient justement l’algodystrophie.


Traiter l’œdeme et l’hematome

Souvent bilateral, l’œdeme post-chirurgical est la complication la plusq courante du lifting. Il est plus ou moins invasif puisqu’il depend a la fois de la technique operatoire et de la reponse physiologique du patient. En toute occurrence, il entrave le bon glissement des differents plans. De façon generale, il evolue spontanement, sinon, et sur avis du chirurgien, le kinesitherapeute entreprend un traitement par drainage lymphatique manuel. Son objectif est de diminuer les tensions de la peau du visage et d’apporter un certain confort au patient.

Ce drainage lymphatique se fait suivant la technique de Vodder qui consiste, dans un premier temps, a vider les ganglions lymphatiques retro-claviculaires, ceux du cou, puis a faire un « appel » sur collecteurs retro-maxillaires en aval de la zone a traiter (« drainage d’appel ») et, enfin, de « pousser » l’œdeme situe entre le derme et le fascia superficiel vers les collecteurs.

Toutes ces manœuvres s’effectuent en des mouvements legers du bout des doigts (environ vingt grammes pour ne pas collaber les capillaires) et lents (trois manœuvres toute les dix secondes afin que les capillaires retrouvent leur calibre et se reemplissent).

De maniere generale, un œdeme se traite en dix seances quotidiennes de vingt minutes.

 

Autre suite normale du lifting, l’hematome post-chirurgical presente, au toucher, un aspect plus dur que l’œdeme et n’est parfois visible que d’un seul cote. Son traitement sera fonction de son importance, le chirurgien appreciant la necessite d’un traitement kinesitherapique cas par cas.

Ainsi, deux possibilites se presentent : si son volume est tres important, sa ponction s’impose ; s’il est de moindre importance, la ponction pourra etre evitee, en souhaitant que la resorption soit spontanee. Si celle-ci tarde, une technique de massage plus « appuye » que celle du drainage lymphatique sera necessaire. Il s’agit, alors, de guider la resorption en l’etendant, tout en retrouvant le glissement des differents plans sous cutanes.

Au cours de ces manœuvres, le patient peut se plaindre en debut de traitement de picotements eventuellement douloureux : ce desagrement est du a la reafferentation (repousse des terminaisons nerveuses), consequence normale du decollement chirurgical. Grace a la technique du decollement et du roule de la peau (manuelle ou par la technique LPG©), ces douleurs s’estompent en quelques seances si l’hematome n’est pas trop epais : la sensibilite cutanee revient progressivement a la normale, tout comme reapparait progressivement la souplesse de la peau.

Cette technique de massage de l’hematome de moyenne importance est sans risque aucun de calcification et permet sa résorption en une quinzaine de séances de vingt minutes sur trois semaines environ. Il est d’autant plus important de soigner œdeme et hematome car, non traites, ils peuvent provoquer deux complications appeles « placard » et « plis » ou vagues cutanees.

L’œdeme persistant altere les echanges trophiques induisant, a l’extreme, une fibrose sous-cutanee (retraction provisoire de l’aponevrose) :
  • Le « placard ». Cette retraction de la peau et des tissus sous-jacents presente une zone bien delimitee de peau induree, marquee a sa peripherie par une zone de fibrose. Cette zone remarquable est entrainee en bloc a la palpation ; cet ensemble peut evoluer en fasceite.
  • Le « plis » est une retraction de la peau en profondeur, se caractérisant par une adherence cutanee aux plans profonds. Cette organisation est stable et cree, sur la joue, une ou plusieurs « tranchees » tres inesthetiques.

Ainsi, lorsque ces complications surprennent un patient, psychologiquement inapte a les assumer, elles peuvent s’installer durablement : les therapeutes – et surtout le kinesitherapeute - doivent alors soigner l’algodystrophie de la face.

Ainsi, de la meme façon qu’un blesse ou un opere de la main de la main defaillant psychologiquement peut faire face a une algodystrophie de la main, (se manifestant par des douleurs, un œdeme et des raideurs articulaires, triade évoluant vers une fasceite retractile (pseudo dupuytren), se guerissant entre 6 et 18 mois au plus) la classe des patients liftes atteints d’une algodystrophie de la face, selon le Docteur Vladimir Mitz, chirurgien des hopitaux, subit la meme triade, caracterisee donc par la douleur, l’œdeme et les retractions et accompagnee d’un syndrome depressif.

Aussi, le traitement du « placard » et du « pli » doit combiner la kinesitherapie et un accompagnement psychologique dans le temps afin que le patient ne se sente pas abandonne.

Du point de vue kinésithérapique, le « placard » necessite un petrissage en torsion : la pulpe des deux index entraine la peau en sens oppose dans un mouvement de cisaillement sans glisser sur celle-ci ; cette technique permet le bon glissement de la peau sur les tissus sous-jacents. Dans le meme but, avec une main gantee, on tient la muqueuse jugale avec l’index tandis que le pouce, posé sur la peau avec une certaine pression va faire glisser celle-ci sur les plans sous-jacents. Rapidement, une vague harmonieuse avec la peau sera obtenue en la pinçant, ce qui traduit sa « libération ».

En revanche, le « pli » constitue est plus difficile a traiter car la peau s’est retractee en profondeur. Outre les techniques utilisees pour le « placard » main de façon plus accentuee, on emploie aussi la technique du « palper-rouler » perpendiculairement au « pli » : la peau saine dans l’axe du « pli » est saisie grace a une traction axiale et le therapeute roule cette vague entre la pulpe des pouces et les index de facon a decrocher le fond du pli. Plusieurs vingtaines de passages a chaque seance sont necessaires, alternes avec des etirements pour ecarter les berges du « pli ».

Il faut aussi veiller a la bonne cicatrisation sur le pourtour de l’oreille ainsi que celle du cuir chevelu par des decollements suivant la technique classique du « palper-rouler ».

Au cours de ces seances, le kinesitherapeute doit avoir une ecoute attentive et repondre aux questions fondamentales que se pose tout patient : la complication est-elle curable ? En combien de temps ? Or, l’installation de l’algodystrophie, chez les patients particulierement angoisses et destabilises par les complications non prevues bien que possibles, est une eventualite. Il s’avere souhaitable de guider le patient vers un psychotherapeute.

Contrairement a tout autre patient subissant un traitement kinesitherapique objectivement necessaire, c’est-a-dire lie soit a la douleur, soit a une recuperation fonctionnelle, celui qui est alle au devant de l’intervention chirurgicale que consiste le lifting, dont la necessite n’est que subjective, appreciable par lui seul, ne posera pas ces questions de la meme façon, developpant a leur propos une angoisse differente.

Il va de soi que celle-ci est a gerer avec la plus grand serieux, dans la mesure ou la manifestation algodystrophique evolue en symbiose avec l’etat psychologique. Ainsi, une personne, comprenant qu’elle est bien encadree et soutenue, aura une recuperation plus lineaire, alors qu’une autre, plus instable et moins confiante, ne guerira que par paliers, les periodes de stagnation etant d’autant plus marquees que son angoisse est forte.

L’experience prouve que le traitement kinesitherapique de l’algodystrophie de la face combine a un soutien psychologique constant catalyse la recuperation en une trentaine de seances de trente minutes ; peut-etre peut-on se poser la question de savoir si le lifting, complique d’une algodystrophie de la face necessitant le traitement ici decrit, combine au soutien psychologique que le patient n’a pas cherche ailleurs, n’a pas fonctionne comme catharsis, liberant des affects longtemps refoules dans le subconscient.